Sans espace, le son n’existe pas…

Sans espace, le son n’existe pas, il ne s’effectue pas. L’art sonore est aussi – et peut-être avant tout – un art de l’espace et c’est par le traitement du son que Dominique Leroy aborde le spatial. Par le recours à des légers décalages, à d’infimes variations, la mise à distance s’opère, les formes de restitutions auditives sont déconstruites, requalifiées, dé-standardisées, et c’est tout un pan du système de perception qui s’en trouve modifié. S’attachant à une lecture potentielle des lieux, les pièces de Dominique Leroy sont toujours en contexte, elle prennent place dans un milieu. Considéré comme une ressource mouvante – l’espace, qu’il soit construit ou social, ne peut être que dynamique –, il n’est jamais perçu comme une unité cohérente a priori mais bien comme un agrégat de données à mettre en forme. Le vocabulaire qu’échafaude l’artiste hérite d’une appréhension altérée de nos environnements, le sens est à construire. L’information, captée et combinée au travers d’agencements exfiltrés de la production en série, contient une puissance, intacte, à interpréter. Le travail de Dominique Leroy tend à s’affranchir de tout cadre structurant préexistant et en fabrique de nouveaux, mais libérés de leur nature prescriptive, il revient au spectateur de les co-construire. La production de points de bascule, de ceux qui libèrent l’action et proposent au spectateur de s’émanciper par la configuration même qui aura produit son aliénation – technologique, mais aussi sociale et politique -, est un projet artistique en propre. Dominique Leroy travaille à la fabrication de ces points, de ces moments où émergent des potentiels. En rendant possibles une ouverture dans des agencements clos – notamment les systèmes d’information – il opère une prise là où les architectures lisses n’offrent pas d’altération. Ce faisant, il impulse des écarts à la norme, et non content, s’escrime à les faire germer, à les multiplier en les rendant perméables à l’expérience de ceux qui les observent. Ménager de possibles espaces de reconfiguration des activités de nos contemporains relève bien d’un programme global où l’écologie – dans son acception élargie – demeure, sinon un axe fort, tout au moins un régime de présence au monde.

_

Guillaume Ertaud

http://www.lalettrephoto.net