Plein air

< Open Field >

< Open Air >

< Plein Air >

Abstract : Il est parfois essentiel de suspendre le temps et de revenir sur des propos antérieurs ou anciens pour mieux distinguer les caractéristiques d’une actualité. Face à l’actuel il ne s’agit pas de prôner ou de prendre à tout prix comme emblèmes « le nouveau » et la nouveauté. Ces derniers ne sont jamais vraiment descriptibles en tant que tels sur le moment même, et désigner une question nouvelle en art (rupture ? virage ? genre ? medium ?, etc.) dénote généralement une volonté de se démarquer de manière originale ou d’affirmer une position de façon péremptoire dans un contexte prudent ou astringent. Il me semble qu’il faudrait plutôt chercher dans l’actualité ce qui fait invention par rapport aux enjeux communs d’aujourd’hui, qui, eux (tout comme nous), bien entendu, se déplacent et changent d’angle tout le temps. Ceci est d’autant plus nécessaire dans les pratiques artistiques car nous énonçons et produisons en fonction de ce que nous autorise, et permet, ce qui nous est concomitant et ce qui nous est antérieur. L’art est ainsi un projet continuel dans le présent, et une oscillation permanente.

Les questions abordées ici par les notions de champ ouvert et de plein air croisent d’emblée celles, artistiques, de champ expérimental et d’espaces d’activités et de travail. Celles-ci sont encore à explorer et à interroger malgré tout. Si l’art est un « travail » continu et désintéressé (c’est-à-dire non utilitaire), et qui s’oublie comme travail et labeur, il est aussi très résistant à ses confinations : il couvre et se fonde sur des manières d’occuper le temps et l’espace, « hors-limites » (ceci reste aussi valable pour la peinture).

Aller dans le plein air, en art, est d’une certaine manière, « passer dans le décor » ou « s’envoyer, aller, partir ou rentrer dans le décor », comme « entrer dans le vif ». Cela a sans doute toujours été le cas, même si sont repérées historiquement certaines décisions, régimes et hypothèses, qui tentent de borner ainsi ce qui peut apparaître comme des marges de manœuvre : le pleinairisme, le land art, l’art contextuel, etc. pour ne citer que les plus communes. Aller dehors, croiser les flux, le fortuit, leurs dimensions et durées, requiert sans doute des conditions, à placer hors hermétismes, spécialismes et solipsismes, et hors « tourisme » ; ces conditions demandent de créer et d’expérimenter des écarts, des marges, des effrangements, des filtres, des ralentissements, des délais, des improvisations et des désynchronisations, justement, par rapport à ces flux, ces consensus et normes. Sans doute que par là, c’est le sens de l’atelier (comme champ ouvert, processuel, justement « en plein air »), « l’atelier d’artiste », qui devient central et séminal, sans qu’il « se gazéifie », s’indifférencie, se neutralise ou s’évapore dans l’extérieur indéterminé (il faudrait lire à ce sujet ce que Glenn Gould dit de l’aspirateur et du piano), ou encore sans qu’il soit nécessaire de définir, pour la circonstance, un « art du dehors » ou un « art social » (auxquels je ne crois pas), ou d’évoquer une (nouvelle) rupture ou une disparition (de l’art).

Le texte, « Des collines verdoyantes ? (redux) », présenté ci-dessous date de 2002-2003; il n’a jamais été publié jusqu’à aujourd’hui, et il l’est ici en étant laissé intact, sans retouches (à part deux ou trois). Il faut le replacer dans sa période d’écriture pour comprendre le « ton » que j’y ai pris, notamment à propos de certains passages qui semblent répondre ou riposter à des tensions : la question du numérique en art, la question de la dématérialisation, l’accès accru à l’internet, etc. Il était précédé d’un chapitre, devenu par la suite un texte indépendant qui a été publié dans plusieurs revues en France et au Canada (sous le titre « Constructions de situations collectives d’invention – homestudios et dispositifs audio en réseau » anticipant le programme AGGLO – Art Généreux Global Libre et Ouvert – que j’ai pu initié et coordonné avec Paul Devautour et avec de nombreux autres artistes). Il était suivi d’un chapitre trois qui a été publié également plusieurs fois sous l’intitulé « De la monstration aux téléchargements : pollinisations et émancipation – Approches des dispositifs artistiques collectifs en réseau », et qui a ensuite donné lieu à la publication du livre « LOGS » en 2005 aux Éditions è®e à Paris, en étant accompagné par les quatre hypothèses des « micro-fondements d’émancipation sociale et artistique », écrites en arborescence conditionnelle informatique. Ces trois chapitres initiaux, publiés sous le pseudo « labo », auraient dû être prolongés par deux chapitres suivants : « Des artels pas des labels », et « En plein air (ou pourquoi les découvreurs de comètes sont-ils pour la plupart des amateurs ?) ». Ceci n’a jamais été réalisé.

Pour cette édition, « Des collines verdoyantes ? (redux) » est re-travaillé graphiquement par l’ajout d’images empruntées et glanées (dans différentes revues, quotidiens, etc., sur l’internet, ou issues de reproductions d’œuvres) – comme une manière de « re-enactement » ou de « rejouer » le texte, et de briser les barrières en faisant interagir art, sub-culture, contre-culture, etc. Ce choix, provient d’une première intention de « perméabiliser » le texte (le mettre dehors en quelque sorte), de l’ouvrir à des réseaux polysémiques, et de lui enlever l’austérité qui peut apparaître dans le style de sa rédaction. D’autre part, il intensifie mes préoccupations actuelles (« not music but people making music », commensalité, improvisations du présent, coexistences, mondes renversés, le quotidien musiqué, les auditoriums internet, musiques à délais terre/mars, etc.) liées à « Nothing At All » (après le slogan « No Future » longtemps ressassé), projet que je mène aujourd’hui avec David Ryan, et au « Récit de Michael », mon dernier texte associant images et récit.

Jérôme Joy – mars 2015http://jeromejoy.org/

 

Download the full text and elements :

http://jeromejoy.org/dwl/alotof/

http://alotof.org/w/File:Alotof_pleinair6.pdf