(n+1) Portraits sur le motif / ALOTOF 2013-2015

800px-ECOS-alotof-schema800px-ALOTOF-Parcours


(english below)

On pourrait dessiner des histoires partagées, documenter des présences fictionnelles, faire des croquis d’artistes au travail. Ce serait comme des portraits sur le motif, stop motion de projets artistiques en cours, insaisissables ; des zones de travail en arborescence, infiltrant le réel comme par contagion.

ALOTOF, ça commence à faire beaucoup d’artistes, réseau de projets eux-mêmes conçus aux formats rhizomatiques, identités plurielles et hors frontières.

ECOS, embarqué dans ce laboratoire pluriel, engage divers projets de recherche aux champs d’exploration si ouverts qu’on ne peut pas en saisir d’unité mais des dimensions, et des directions mouvantes, des lignes qui débordent ; des multiplicités de projets qui évoluent en traversant ce laboratoire pluriel. On y fabrique ses propres objets de travail, par infiltration aux contextes investis, où la transmission se mêle à la diffusion, où les temps de partage sont des temps de création. Le déjeuner sur l’herbe[12] – processus socio-actif qui associe les habitants d’un quartier à la fabrication d’unités mobiles multifonctionnelles de pique-nique, de jardinage, d’ateliers de cuisine pour des temps conviviaux comme des balades-cueillettes dans la ville – lors de ses diverses occurrences durant deux années, a pu activer des outils ou des notices de réappropriation avec le pari de « faire participer » des usagers déjà devenus co-constructeurs des utopies ainsi esquissées.

Les espaces de rencontres artistiques proposés sont à ce titre déroutants : s’y fabrique un atelier éphémère d’activités spécialisées (ou artistiques) où s’échangent des outils, où se partage et s’invente du commun – souvent technologique ; ces temps de laboratoire comme des expérimentations assumées, déjà actives, embarquent partenaires, artistes, participants. Et qu’est-ce qui s’y traverse? Autant de projets en genèse, kaléidoscopies d’un réel troué de promesses, sorte d’inversion du concept élargi de l’art, ou l’un de ses héritages…

Le projet Entomosolar [13] présenté lors de Posedy[14] – évènement public de cabanes de chasses réinvesties par des propositions artistiques lors de l’été 2014 en République Tchèque – a pu troubler en entretenant le doute d’une diffusion de sons synthétiques de sauterelles redoublant celui des véritables sauterelles actives dans l’environnement. Cette sorte de dédoublement questionne la posture artistique et son degré de réappropriation, d’esthétisation par retournement, où l’utopie de l’art ne fait qu’emprunter… Bee monitoring project [15], à ce titre, calque l’écosystème de la vie des abeilles pour de véritables projets de sculptures vivantes où captation et transmission s’interconnectent, les données scientifiques se poétisent. Des artistes générateurs, des invités, des protocoles par dérive, on aperçoit les effets politiques d’une telle praxis artistique qui implique les dimensions sociales et politiques des contextes investis. Les trames des projets hors frontières, le contexte comme terrain d’activité artistique, engagent le réel dans le champ de l’art jusqu’à s’y méprendre.

Des expéditions en mer qui préparent un débarquement sur l’île fantasmée du projet Island[16] , les traversées cartographiques de Default [17] suivant les longitudes aléatoires, la course du soleil reprise dans une faille rocheuse comme un Refrain [18] , la construction du vélo-mobile Velosynth [19] jusqu’au prototypage partagé avec une communauté d’inventeurs et de bricoleurs attentifs au renouveau des modes de transports, ou celle d’un atelier nomade (n)A [20] conçu selon les potentiels du contexte de sa construction, et de nombreux dispositifs collaboratifs encore, impliquent de façon active artistes et participants sur la scène du monde ; autant de processus qui explosent les frontières et enchevêtrent les lignes de création propres à de tels openfields. ECOS comme divers partenaires d’ALOTOF appuient ses recherches artistiques sur les questions d’autonomie, d’écologie, d’échanges, de partage et de réappropriation (DIY), notamment par des temps de workshops à Valldaura, Hranice, Bruxelles où le réseau d’artistes croise divers modes de réappropriation (peer to peer, greenfablab). Les actions artistiques comme celles des embarcations du projet Island créent des équipes de recherches où les rencontres créent la méthode. Comme la paysagiste Cécile Mercat, avec Uni-de-uni [21] qui souligne des usages potentiels d’espaces urbains désinvestis et transforme par là même une vision de l’espace public par sa simple traversée, les artistes pratiquent des formes de prospectives par l’implication de participants aux divers projets.

Les recherches des artistes d’ALOTOF sont aussi techniques et technologiques, elles partagent cette sorte de pensée sauvage, hybridation de bricoleurs et d’ingénieurs. Les ateliers de production ressemblent à des performances au grand air où se remet en jeu le rapport des artistes à l’autonomie – par des méthodes composites – sans s’abstraire des questions économiques ni écologiques. C’est bien une résolution esthétique à ces questions prégnantes que les artistes des réseaux ALOTOF assument et développent, héritiers des mouvements artistiques érigeant la vie au rang de l’art. Plusieurs projets captent des variables environnementales, données réinvesties par diverses ingénieries pour rejouer le réel, le redoubler. Une poétique naît ainsi de tels processus de travail qui étirent le temps de création, les projets tiennent de l’aventure ou de la vie des artistes et débordent de leur temps de production et de monstration ; ils auto-génèrent ou deviennent des relais, des passeurs… Par contagion, le réel s’innerve de traversées esthétiques projectives, on peut y voir s’inventer une sorte de démocratie contributive.

Loin d’un laboratoire reclus dans un coin du monde, ALOTOF et ses émergences proposent une plateforme de production collective collaborative, une expérience ouverte qui ne cesse de rappeler : « il n’y a pas de monde commun, il faut le composer ».

Marina Pirot, mars 2015 / marina.pirot@ontime.fr

 

(n+1) Portraits on the motif

We can draw shared stories, document fictional presents, make sketches of working artists. This would be like portraits of the motif, a stop-motion of the elusive art work in progress; arborescent working zones infiltrating the “real” by contagion.

ALOTOF is becoming a lot of artists, a network of projects itself conceived as a rhizomatic form, with multiple identities and outside the boundaries. ECOS is embedded in this plural laboratory and engages in diverse research projects, with areas of exploration so open that we cannot grasp its unity, only its dimensions and shifting directions, its criss-crossing lines; a multiplicity of projects that evolve within this plural laboratory.

They make their own working objects by infiltrating such invested contexts where transmission mixes with diffusion and where the sharing of time creates time. Le déjeuner sur l’herbe [2] (Luncheon on the Grass) is a socio-active process that associates the inhabitants of a neighborhood with the making of multifunctional mobile units for picnicking and gardening, as well as cooking workshops for convivial times, and strolling-harvesting in the city. These diverse occurrences over a two-year period may enable tools or re-appropriation of notices, with the challenge of “participation”, for users who have already become co-constructors of the utopias sketched out in this way.

The proposed spaces for artistic meeting are in this way confusing: They make their own fleeting workshops of specialised activities (or artistic works) where tools are exchanged, where sharing and inventing is “common” — often technological; this laboratory time, as with the experimentation undertaken, is already active and takes on board partners, artists and participants. And what does it cover? So many projects in genesis, a kaleidoscopes of a reality with empty promises, a sort of inversion of the broader concept of art or of one of its legacies.

The Entomosolar project [3] presented during Posedy [4] — a public event using hunters’ hides which were reinvested by artistic proposals held in the summer of 2014 in the Czech Republic — was able to create a disturbance by creating a dubious diffusion of synthetic grasshopper sounds, through intensifying the sound of one of the real grasshoppers active in the environment. This sort of identity splitting questions the artist’s position and the degree of re-appropriation of aestheticism through inversion, where the utopia of art is merely passing through. The Bee Monitoring Project [5], as it was called, traces the ecosystem of the life of bees into a living sculpture project that captures and transmits interconnecting, poeticised scientific data. In the artist-generators, the guests and the drifting protocols, we notice the political effects of this artistic praxis, implying the social and political dimensions of these invested contexts. In the layers of trans-boundary projects, the context becomes a terrain for artistic activities, engaging the “real” within the realm of art until this, too, becomes muddled.

Offshore expeditions prepared a landing on a fantasy island, the Island project [6], mapping the crossing of Default [7], following random longitudes, the course of sunlight captured in a rock cleft, as in Refrain [8]. The building of the mobile bike Velosynth [9] up to the prototype stage, is shared with a community of inventors and makers, displays awareness of the revival of various modes of transport. Or in the nomadic workshop (n)A [10] , conceived according to the potential of the context of its construction using many collaboratives devices which actively involved artists and participants on the world stage. All these processes are shattering borders and entangling their own particular creative threads in these open fields.

ECOS, like many ALOTOF partners, have based their artistic research on issues of autonomy, ecology, exchange, sharing and re-appropriation (DIY), in addition to allowing time for workshops at Valldora, Hranice, and Brussels, where the artists’ networks covered various modes of appropriation (such as peer to peer and greenfablab).

Artistic actions such as the boats for the Island project involved the creation of research teams where these meetings, in turn, created the method. Like the landscape artist Cécile Mercat, with Uni-de-uni [11], who underscores potential uses of disinvested urban spaces, which can then be transformed by another vision of public space and by merely passing through, these artist practice forms prospectively that involve participants in various projects.

The research by ALOTOF artists is both technical and technological. They share a kind of wild thinking, a hybrid between makers and engineers. Studio production looks like an outdoor performances, where the game returns to the relative autonomy of the artist through composite methods, without abstracting economic or ecological issues. It constitutes an esthetic resolution to the stark questions that the artists of  the ALOTOF network take on and develop, the heirs of artistic movements that elevate life to the level of art.

Many projects capture environmental variables and reinvest this data through various engineering projects, replaying the “real” and duplicating it. A poetics is thus born of such work processes that stretch from the time of creation, the projects are composed of adventures or the life of the artists, to beyond their time of production and exhibition. They are auto-generated or become transmitters, or smugglers. By contagion, the “real” reinforces itself with projective aesthetic traversals, and one can see there a kind of contributory democracy being invented.

Far from a reclusive laboratory in a corner of the world, ALOTOF and its emergences propose a platform for collaborative and collective production, an open experience that never ceases to remind us that, “there is no common world, it needs to be composed”.

Marina Pirot, March 2015.

Footnotes

1. Des schémas pour discuter, Dominique Leroy, 2014-2015, + de dessins ici : http://photos.dominiqueleroy.info/index.php?/category/15
2. Liens vers « Le déjeuner sur l’herbe » : http://alotof.org/w/DEJEUNER_SUR_L%27HERBE
3. Liens vers Entomosolar : http://alotof.org/w/CARAVANLAB-sonifications
4. Liens vers Posedy :http://yo-yo-yo.org/en/posedy-lovci-a-zvireci-stezky/
5. Lien vers l’article « sound beehive » : http://urbanbeelab.okno.be/doku.php?id=sound_beehive
6. Liens vers ISLAND :http://alotof.org/w/Islands lien vers ISLAND/Ignorance : http://alotof.org/w/ISLAND
7. Lien vers Default : http://nadine.be/project/peregrini/default-1-more-information
8. Lien vers Refrain : http://alotof.org/w/REFRAIN
9. Lien vers Velosynth :http://alotof.org/w/AlotofVelosynth
10. Lien vers le (n)A et les ateliers arborescents :http://alotof.org/w/LES_ATELIERS_ARBORESCENTS
11. Lien vers Uni-de-uni : http://alotof.org/w/UNI-DE-UNI