Champs de trace ou ligne de loup

David Lino / Dominique Leroy / Christophe Dubois / Pascal Leroux
Bourges 2001

Du 6 au 28 juillet 2001, le collectif La Valise est invité à restituer, au sein de la galerie du Haïdouc et dans les espaces ouverts de la friche l’Antre-Peaux, un travail qui s’est réalisé dans le cadre d’une résidence éclair, qui aura duré trois semaines avant le coup d’envoi du vernissage. Ces cinq jeunes artistes, issus de l’école d’art nantaise se sont constitués en collectif en 1997, et se sont donnés pour but d’organiser des manifestations artistiques dans des lieux non conventionnels. En 1997, ils installent leurs ateliers dans une gare désaffectée à Oudon, un village situé à 30 km de Nantes, où ils organisent depuis lors des expositions estivales, ouvertes à d’autres artistes.
Résolument pluridisciplinaires (arts plastiques, science, théâtre, cinéma, vidéo, musique, informatique…) le groupe qui s’inscrit dans une démarche individuelle et collective, se développe sur les vertus propitiatoires de sa base de repli et d’ouverture: la gare – toujours traversée par des trains de voyageurs – est le lieu de tous les transits, un repère symbolique sur le réseau des formes et des idées qui entraîne les « valisiens » à se projeter avec détermination dans un devenir collectif, au delà des résidences que l’ingénierie culturelle tend à assigner aux artistes. En effet si chacun d’entre eux agit de manière quasi naturelle avec une grande mobilité des techniques à l’intérieur de sa propre pratique, ils mettent en place dans leurs projets collectifs, des systèmes de création élaborés qui reposent à la fois sur les principes de déterritorialisation chers à Deleuze et Guattarie, ainsi que sur une économie du glissement et de l’interchangeabilité, entre la posture obligée de l’artiste dans un milieu cloisonné et la responsabilité écologique qui incombe à chacun des habitants de notre société . Privilégiant la transplantation de l’art à son transport, l’exploration au voyage, ils imaginent un Observatoire d’Art en Altitude (O.A.A). Constitués en équipe d’artistes chercheurs , ils se lanceront dans une expédition d’étude artistique à 2500 m d’altitude.
A l’instar des protagonistes du Mont Analogue, écrit par René Daumal, les « Valisiens » perçoivent la montagne comme une forme artistique potentielle », et préparent depuis bientôt une année leur expédition. Ils ont rassemblé plusieurs hypothèses de recherches : partant d’un campement de base aménagé pour la survie, le travail en atelier , et l’accueil du public, ils se formeront en unités mobiles perceptives, équipées d’instruments de plasticiens (caméras, micros, ordinateurs, appareil photo…) pour exécuter sur le site plusieurs opérations de prélèvement de matériau image et son. De retour au camp de base, ils remodèleront ces matériaux sur de multiples support analogiques et numériques , au travers de capacités qu’ils attendent voir se transformer sous l’influence des particularités biologiques, topographiques et météorologique du site. « Nous allons prendre en compte ces changements en tant que mutation…La montagne porte en elle un inconnu qui nous ressemble.»
Référence directe au champ d’investigation philosophique de Deleuze et Guattari : « Champ de traces ou ligne de loup »*annonce la volonté des « Valisiens » de vivre en extension le territoire du Haïdouc. « Le loup, c’est la meute, c’est à dire la multiplicité…les loups, ce sont des intensités, des vitesses, des températures, des distances variables indécomposables. »**
La vision extensive de « La Valise » est poétique, elle réside dans la capacité à se déployer du collectif, depuis le cœur des enjeux perceptifs du médium manipulé, jusqu’à celui du paysage plastique et sonore qu’il transperce pour le révéler. Chacun s’étant donné pour mission de dresser son campement de fortune, la galerie du Haïdouc, assombrie en tanière, abrite le meute le temps d’une résidence.
« L’homme aux loups »,sorti des replis de son laboratoire est à l’affût, il court pour faire résonner alternativement l’extériorité multiple du monde dans l’intériorité multiple du corps. Car son premier outil, c’est son corps, corps rhizomorphique de la meute et du territoire, corps-outil du géomètre, du lanceur de sonde, de l’acteur mimétique, se démultipliant pour sillonner, arpenter, explorer, et enrichir de trace, les espaces et les temps dans lesquels le monde s’insinue, s’intensifie et se regarde.
Les « Valisiens » balaieront la campagne berrichonne et le pavé de Bourges, avec leur matériel scopique et sonore, sonderont les eaux de ses marais et le béton de ses murs, orchestreront ensuite la mise en scène de ce qui disparaît par excès de visibilité, de ce qui apparaît par friction entrer les silex de notre communauté.
Jean-Paul Labro
*Gilles Deleuze, Felix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2 : Mille Plateaux, « Un seul ou plusieurs loups? « , éditions de Minuit, Paris, 1997, p.38.
**Ibidem, p.45

Les abeilles

Cultural laboratory with Jef Rolez
Place : Saint Nazaire
Thanks to : Anaĩs Rolez

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Les abeilles est un laboratoire culturel, un lieu ressource, de production et de création artistique ancré dans l’estuaire Nantes/St Nazaire. Par son approche expérimentale et pluridisciplinaire, lieu de recherche et de résidence en art, science, médias, technologie, écologie, architecture et design, “les abeilles” favorise l’émergence d’une culture de l’écologie. Activé par un réseau de structures, d’organisations, d’artistes et de partenaires locaux et étrangers, les abeilles participent a l’invention de nouvelles façons de travailler et ainsi contribuent aux mutations sociales, écologiques et culturelles de nos sociétés. Le lieu soutient le rôle incontournable de la création et de l’art dans les prises de conscience et les mises en œuvre de solutions concrètes notamment par les habitant de la cité : partage des recherches internationales, des savoirs-faire, des expériences, travaille en réseau en lien avec les territoires locaux.

Constellation

Public space work, in progress
Place : La soucoupe, Saint Nazaire
Thanks to : SNhack, Jean-François Rolez

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En 1962, la ville de Saint Nazaire souhaite se doter d’une salle pluridisciplinaire et modulable pour le sport et les spectacles. En raison de la nature du sol, les architectes imaginent une structure légère en forme de calotte sphérique qui permet de limiter les fondations. 166 pieux constituent les fondations du bâtiment sur lesquels viennent reposer des poutres externes. A l’origine, conçu pour être une salle pluridisciplinaire et modulable pour le sport et les spectacles, aujourd’hui elle est totalement dévolue aux sports, la soucoupe n’accueille plus que trois manifestations par an à caractère culturel ou événementiel.

Cette architecture originale étant proche de mon atelier, je mêne un travail d’observation des particularités acoustiques des parois béton extérieur, du principe constructif qui offre des possibilités d’accrochage de dispositifs légers. J’étudie actuellement la possibilité de créer des lignes sonores créées par la rotation du soleil, en jouant avec les motifs architecturaux de manière à ce que le public de passage puisse relier des points sonores pour créer des formes quelconque.

 

 

Biobot

Installation sonore en réseau with APO33
Place :Internet
Thanks to : APO33, Julien Ottavi, Olivier Heinry, Alain Le Foll, Jef Rolez

Impulsé par Apo33, les BOT composent une communauté virtuelle qui s’inscrit dans la continuité du projet du POULPE de créer un ensemble d’entités machiniques venant se greffer sur des lieux, sites urbains ou naturels, pour en explorer les potentiels actifs et les mettre en relation les uns avec les autres. Chaque entité capte des données du lieu d’implantation (mouvement, intensité lumineuse, son, etc) pour les faire transiter via internet sous la forme de flux streaming. Le projet BIOBOT articule les BOT aux sites d’expérimentation de l’Observatoire Biotope. Cet observatoire atypique, initié par ECOS, a pour objet l’expérimentation de différentes approches du territoire, l’observation de divers milieux et l’étude des différentes interactions et phénomènes liés au vivant, en développant des dispositifs et méthodes d’observation faisant intervenir autant les sens que divers systèmes de captations auto-construits.

Dérives/Ontdubbeling

Exhibition with Virginie Bailly
Place : Rezé (F)
Thanks to : Marina Pirot ON-TIME

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Deux artistes invités par ON TIME, Virginie BAILLY et Dominique LEROY ont collaboré pour l’installation : DÉRIVES – ONTDUBBELING. Dérives, entre-deux rives, entre-deux artistes- Ontdubbeling, dédoublement, perception dédoublée-
Un point de vue précis pour un dédoublement, un alibi…Virginie Bailly propose une architecture éphémère en structure d’échafaudages et bois, grande cabane sur pilotis, dans la série de ses kijk boxes, ses « boîtes à point de vue » qui interpellent par leur incongruité dans le paysage. Chantier, travaux en cours ? Une fois entrés dans l’imposante construction, on est invité à l’exploration ténue d’un point de vue inattendu ; une petite fenêtre trouée dans la box : on perçoit ici les soubassements de la rive de Nantes, les structures soutenant l’autre rive de la Loire. Une abstraction qui rappelle à Virginie le motif du châssis du peintre, de la fenêtre, trouée de vision des premières perspectives picturales. La boîte-architecture invite aussi à une écoute singulière par l’intégration d’un dispositif de diffusion sonore de Dominique Leroy. Des systèmes de flûtes et d’instruments immergés dans la Loire transmettent des sons subaquatiques en temps réel dans la box. Évoquant des percussions quasi tribales, des respirations presque humaines, les instruments créés jouent avec la dynamique du fleuve. La camera obscura s’anime, le son en prolonge les limites du cadre de vision. Il redouble la captation de l’impermanence des phénomènes. La structure de nature étrangère ajoute au paysage -au réel- non un supplément mais un « écart », un temps entre parenthèses pour en extraire une abstraction, au bord de la fiction. L’expérience est unique car la box se pratique seul et autant la lumière que les sons -ainsi que leur interaction- se modifient sans cesse. Comme un dédoublement du réel, une abstraction d’un paysage qui rend la rive de Nantes presque en lévitation, une respiration des soubassements auxquels on ne prête guère attention, la box nous immerge dans une expérience perceptive.

BBB-42

Instrument ouvert
Place : ALOTOF 2014-2015, Nantes, Bruxelles (B), Hranice (CZ)
Thanks to : SNhack music, Jean-François Rolez

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BBB_42 est développé dans le cadre du réseau artistique ALOTOF initié en 2013. Il s’agit de proposer à une communauté d’artistes la même base de travail : un instrument ouvert concentrant dans un même objet des capteurs tactiles, un mini-ordinateur, des programmes informatiques sur logiciel pure data, un amplificateur et un haut-parleur. Cette configuration matérielle peut être modulable et peut prendre diverses formes ; la boîte s’adapte à différents usages pour la main ou à d’autres contextes). Je propose aux différents artistes du réseau, en échange de la fabrication d’un instrument, de concevoir des programmes informatiques. Le BBB prolonge le principe du logiciel pure-data et fait l’objet d’échanges artistiques.